La protection incendie passive désigne l’ensemble des éléments de construction qui limitent la propagation du feu et des fumées sans intervention humaine ni énergie extérieure. Murs coupe-feu, planchers résistants au feu, portes coupe-feu, clapets coupe-feu, calfeutrements de traversée de paroi : ces dispositifs découpent le bâtiment en compartiments étanches qui contiennent l’incendie dans sa zone d’origine. Ils protègent les voies d’évacuation, préservent les structures porteuses et facilitent l’intervention des secours. Cet article détaille les composants de la protection passive, les classements de résistance au feu réglementaires (conformément à l’arrêté du 25 juin 1980) et les vérifications à réaliser dans le cadre de votre protection incendie.
Quelle différence entre protection passive et protection active ?
La protection passive agit de façon structurelle et permanente. Un mur coupe-feu reste un mur coupe-feu, même en cas de panne électrique. Elle ne dépend ni d’un détecteur, ni d’une alarme, ni d’une action humaine pour fonctionner. Son rôle : confiner le feu et les fumées dans un volume limité pour retarder leur propagation au reste du bâtiment.
La protection active regroupe les dispositifs qui détectent le feu et réagissent : détecteurs de fumée, alarmes sonores, sprinklers, désenfumage mécanique, extincteurs. Son rôle : alerter les occupants, éteindre ou contenir le feu, évacuer les fumées.
Les deux approches se complètent et ne peuvent pas se substituer l’une à l’autre. Sans compartimentage, le désenfumage perd en efficacité car les fumées se répandent librement d’un niveau à l’autre. Sans détection, le compartimentage retarde la propagation mais personne n’est alerté pour évacuer.
Les composants de la protection incendie passive

Les portes coupe-feu
La porte coupe-feu ferme une ouverture dans une paroi résistante au feu pour maintenir le compartimentage. Elle porte un classement EI suivi d’une durée en minutes (EI 30, EI 60, EI 120) qui indique combien de temps elle conserve son étanchéité aux flammes (E) et son isolation thermique (I). En fonctionnement normal, elle peut rester ouverte grâce à un électro-aimant (ventouse) relié au système de sécurité incendie (SSI). Dès que le SSI détecte un incendie, il coupe l’alimentation de la ventouse et la porte se ferme automatiquement par gravité ou par ferme-porte. Un joint intumescent, intégré au cadre ou au vantail, gonfle sous l’effet de la chaleur pour assurer l’étanchéité aux fumées.
Les portes coupe-feu font partie des dispositifs actionnés de sécurité (DAS) au sens de la norme NF S 61-937. Leur fermeture est pilotée par le centralisateur de mise en sécurité incendie (CMSI) et doit être testée lors de chaque vérification périodique du SSI.
Les clapets coupe-feu
Les clapets coupe-feu (CCF) sont installés dans les conduits de ventilation et de climatisation, à chaque traversée d’une paroi résistante au feu. Leur rôle : empêcher les fumées et les flammes de se propager par les gaines techniques. Le clapet se ferme par déclenchement thermique (fusible) ou sur commande du SSI. Sa résistance au feu (généralement EI 60 ou EI 120) doit correspondre à celle de la paroi traversée. Un clapet coincé en position ouverte, par dépôt de poussière ou corrosion, suffit à ruiner le compartimentage de tout un bâtiment.
Les murs et planchers résistants au feu
Les murs et planchers constituent l’ossature du compartimentage. Leur classement REI (R = capacité portante, E = étanchéité aux flammes, I = isolation thermique) est suivi d’une durée : REI 60, REI 90, REI 120. La réglementation définit la résistance minimale des parois en fonction du type de bâtiment, de son usage et de la présence éventuelle de locaux à sommeil. En ERP, les exigences dépendent du type d’établissement et de sa catégorie (articles CO du règlement de sécurité).
Le calfeutrement de traversée de paroi
Chaque passage de câble, de tuyau ou de gaine à travers une paroi coupe-feu crée un point faible. Le calfeutrement (mousse, mortier, mastic intumescent, manchon) reconstitue la résistance au feu de la paroi à l’endroit de la traversée. Les produits de calfeutrement doivent être certifiés et posés conformément aux procès-verbaux d’essai. Un calfeutrement absent, dégradé ou remplacé par de la mousse polyuréthane standard (inflammable) compromet l’ensemble du compartimentage. C’est un défaut récurrent identifié lors des audits de sécurité.
Cheminement protégé et volume technique protégé
Le cheminement technique protégé est un parcours enclos par des parois résistantes au feu, réservé au passage de réseaux (électriques, hydrauliques, informatiques) entre compartiments. Il empêche les réseaux de devenir un vecteur de propagation du feu d’un compartiment à l’autre. Le volume technique protégé (VTP) applique le même principe à un local technique complet : tableau électrique, local informatique, machinerie d’ascenseur. Ses parois offrent une résistance au feu qui isole ces équipements du reste du bâtiment.
Quelles obligations selon le type de bâtiment ?
Les exigences de protection passive varient selon la nature du bâtiment. Le tableau ci-dessous synthétise les principales obligations.
| Type de bâtiment | Texte de référence | Exigences de protection passive |
|---|---|---|
| ERP (1re à 4e catégorie) | Arrêté du 25 juin 1980, articles CO (construction) et MS (moyens de secours) | Compartimentage adapté au type et à la catégorie, portes coupe-feu EI 30 à EI 60, clapets coupe-feu, stabilité au feu des structures (1h à 1h30 selon hauteur), protection des circulations horizontales |
| ERP avec locaux à sommeil (hôtels, EHPAD, hôpitaux) | Arrêté du 25 juin 1980, dispositions particulières types O, J, U | Exigences renforcées : encloisonnement des circulations, portes coupe-feu EI 30 minimum sur chaque chambre, désenfumage obligatoire, SSI de catégorie A |
| ERP de 5e catégorie | Arrêté du 25 juin 1980, livre IV (PE) | Exigences allégées mais compartimentage des locaux à risques obligatoire, portes coupe-feu sur les locaux de stockage et les chaufferies |
| IGH (≤ 50 m) | Arrêté du 30 décembre 2011, articles GH | Compartiments de 2 500 m² max et 75 m de façade, parois coupe-feu 2 heures, portes coupe-feu EI 60 à EI 120, SAS désenfumés entre compartiments |
| IGH (> 50 m) et ITGH | Arrêté du 30 décembre 2011 | Mêmes exigences que IGH ≤ 50 m, avec colonnes en charge obligatoires et SSIAP permanent |
| Habitation collective | Arrêté du 31 janvier 1986, complété par l’arrêté du 5 février 2013 (effet rétroactif) | Portes palières pare-flamme (PF 1/2h, soit E 30 en classification européenne en 3e famille B et 4e famille), encloisonnement des cages d’escalier, recoupement des combles. Portes coupe-feu BP+FPP obligatoires sur les locaux poubelles, vide-ordures et accès intérieurs au sous-sol (voir détail ci-dessous). |
| ERT (Code du travail) | Articles R4227-1 et suivants du Code du travail | Compartimentage des locaux à risques, portes coupe-feu sur les locaux techniques, chaufferies et stockages. Stabilité au feu adaptée à la hauteur du bâtiment |
| ICPE (installations classées) | Arrêtés types (rubriques ICPE), Code de l’environnement | Exigences spécifiques par rubrique : murs coupe-feu REI 120 entre cellules de stockage, portes coupe-feu EI 120, recoupement des entrepôts tous les 6 000 m² |
Habitation collective : exigences renforcées par l’arrêté du 5 février 2013

L’arrêté du 5 février 2013 complète l’arrêté du 31 janvier 1986 et impose, avec effet rétroactif quelle que soit l’année de construction de l’immeuble, l’installation de portes coupe-feu sur les locaux à risques des habitations collectives. Ces obligations s’appliquent aux 2e, 3e et 4e familles d’habitation selon le type de local concerné. Concrètement, un bloc-porte coupe-feu (BP) équipé d’un ferme-porte (FPP) doit être installé sur les locaux poubelles, les vide-ordures et les accès intérieurs au sous-sol, selon le tableau ci-dessous.
| Localisation | 2e Famille | 3e Famille | 4e Famille |
|---|---|---|---|
| Local poubelle / vide-ordures (VO) | Non obligatoire | BP + FPP | BP + FPP |
| Accès intérieur au sous-sol (porte existante) | BP + FPP (à partir de 1986) | BP + FPP (après 1970) | BP + FPP (après 1970) |
| Accès intérieur au sous-sol (porte inexistante) | Non applicable | Création quelle que soit l’année de construction | Création quelle que soit l’année de construction |
Les exigences varient selon les dispositions particulières applicables à chaque type d’établissement. Un audit de sécurité incendie permet d’identifier précisément les exigences applicables à votre bâtiment et de vérifier la conformité de votre compartimentage.
Réaction au feu et résistance au feu : deux notions distinctes
La réaction au feu caractérise le comportement d’un matériau face aux flammes : est-ce qu’il s’enflamme facilement ? Est-ce qu’il alimente la combustion ? La classification européenne (Euroclasses A1 à F, définies par la norme EN 13501-1) remplace progressivement l’ancien classement français M0 à M4. Un matériau classé A1 est incombustible ; un matériau classé F n’a pas été testé ou ne satisfait aucun critère.
La résistance au feu mesure la durée pendant laquelle un élément de construction (mur, plancher, porte, cloison) conserve ses performances face à un incendie. C’est cette notion qui s’applique directement à la protection passive.
Les classements de résistance au feu
| Classement européen | Signification | Ancien classement FR |
|---|---|---|
| E | Étanchéité aux flammes et gaz chauds | Pare-flamme (PF) |
| EI | Étanchéité + isolation thermique | Coupe-feu (CF) |
| REI | Résistance mécanique + étanchéité + isolation | Stable au feu + CF |
| R | Résistance mécanique seule (capacité portante) | Stable au feu (SF) |
Le chiffre qui suit le classement (30, 60, 90, 120) indique la durée de résistance en minutes, selon les méthodes d’essai de la norme EN 13501-2. Une porte EI 60 conserve son étanchéité et son isolation thermique pendant 60 minutes d’exposition au feu normalisé.
Vérification et maintenance de la protection passive
Les portes coupe-feu, en tant que DAS, font partie des équipements contrôlés lors des vérifications périodiques du SSI (norme NF S 61-933). L’exploitant doit vérifier régulièrement la fermeture complète de chaque porte (pas d’obstacle, pas de calage par du mobilier ou des cales en bois), l’état du ferme-porte, l’intégrité du joint intumescent et le bon fonctionnement de la ventouse électromagnétique. Une porte calée en position ouverte ou un joint dégradé compromet le compartimentage et constitue une non-conformité relevée systématiquement par les commissions de sécurité.
Les clapets coupe-feu doivent également faire l’objet d’un contrôle de fermeture périodique. Les calfeutrements de traversée de paroi sont inspectés visuellement lors des audits de sécurité incendie. Toute anomalie doit être corrigée sans délai et consignée dans le registre de sécurité.
La protection passive avec BATISANTÉ
BATISANTÉ intervient sur l’ensemble des composants de la protection passive : installation des portes coupe-feu, contrôle de fermeture et d’étanchéité, vérification des DAS (clapets, volets de désenfumage), maintenance préventive et curative des équipements coupe-feu. Nos techniciens qualifiés documentent chaque intervention dans votre registre de sécurité digital, accessible à tout moment pour justifier la conformité de vos installations lors du passage de la commission de sécurité.
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Questions fréquentes sur la protection incendie passive
Quelle est la durée de vie d’une porte coupe-feu ?
Une porte coupe-feu bien entretenue a une durée de vie de 20 à 30 ans. Mais cette durée dépend de la fréquence d’utilisation, de l’entretien du ferme-porte et de l’état du joint intumescent. Un joint dégradé doit être remplacé même si la porte elle-même reste en bon état. Un ferme-porte défaillant (porte qui ne se ferme pas complètement) nécessite un remplacement immédiat.
Peut-on caler une porte coupe-feu en position ouverte ?
Non. Caler une porte coupe-feu avec une cale, du mobilier ou tout autre objet constitue une infraction qui supprime le compartimentage. Si la porte doit rester ouverte en exploitation courante, la seule solution conforme est l’installation d’une ventouse électromagnétique reliée au SSI, qui libère la porte automatiquement en cas d’alarme incendie.
Quelle différence entre EI 30 et EI 60 ?
Le chiffre correspond à la durée de résistance en minutes. Une porte EI 30 résiste 30 minutes au feu normalisé ; une porte EI 60 résiste 60 minutes. Le choix dépend de la réglementation applicable au bâtiment (type d’ERP, catégorie, présence de locaux à sommeil) et de la durée de stabilité au feu exigée pour les parois concernées.
Le calfeutrement coupe-feu est-il obligatoire ?
Oui. Toute traversée de paroi résistante au feu (câbles, tuyaux, gaines) doit être rebouchée avec un produit certifié qui reconstitue la résistance au feu de la paroi. L’absence de calfeutrement ou l’utilisation de mousse polyuréthane standard (inflammable) est une non-conformité fréquemment relevée en audit.
Un local poubelle doit-il avoir une porte coupe-feu ?
Oui, dans les habitations collectives de 3e et 4e famille, l’arrêté du 5 février 2013 impose un bloc-porte coupe-feu équipé d’un ferme-porte automatique (BP+FPP) sur les locaux poubelles et les vide-ordures, quelle que soit l’année de construction de l’immeuble. En 2e famille, cette obligation n’existe pas.
L’arrêté du 5 février 2013 s’applique-t-il aux immeubles anciens ?
Oui. L’arrêté est à effet rétroactif et impose la mise en conformité quelle que soit l’année de construction, à l’exception des accès au sous-sol qui ne concernent que les immeubles construits après 1970 (et après 1986 pour la 2e famille).
Qui peut vérifier les portes coupe-feu ?
La vérification des portes coupe-feu fait partie du contrôle périodique des DAS, réalisé par un technicien compétent. BATISANTÉ, à travers ses marques BOUVIER, SASIC, SECURITEC, PROTECH, SDDS réalise ces contrôles dans le cadre de la maintenance incendie.