Quand un incendie se déclare dans les étages d’un immeuble, les pompiers ont besoin d’acheminer l’eau au plus près du sinistre. Dérouler des tuyaux sur plusieurs niveaux prend du temps et complique l’intervention. Les colonnes sèches et les colonnes en charge résolvent ce problème : ce sont des canalisations fixes, installées dans les cages d’escalier, qui permettent d’alimenter les lances à incendie à chaque étage. Cet article détaille leur fonctionnement, leurs différences, les seuils d’obligation réglementaires, les normes applicables et les vérifications à réaliser dans le cadre de votre protection incendie.
Qu’est-ce qu’une colonne sèche ?
Une colonne sèche est un conduit métallique fixe, installé verticalement dans un bâtiment, qui reste vide en temps normal. En bas du bâtiment, un raccord d’alimentation permet aux pompiers de brancher leur tuyau sur un poteau ou une bouche d’incendie pour remplir la colonne. À chaque étage, des prises d’incendie leur permettent de raccorder leurs lances. La colonne ne contient de l’eau que pendant l’intervention, d’où son nom.
Qu’est-ce qu’une colonne en charge ?
Une colonne en charge (aussi appelée colonne humide) reste remplie d’eau sous pression en permanence. Elle est raccordée à un dispositif d’alimentation (réservoir en charge, surpresseur ou pompe) qui garantit un débit de 60 m³ par heure sous une pression comprise entre 4,5 et 8,5 bars. Ce type de colonne équipe les bâtiments les plus hauts, où le temps de mise en eau d’une colonne sèche serait trop long.
Colonne sèche vs colonne en charge : les différences
| Critère | Colonne sèche | Colonne en charge |
|---|---|---|
| Contenu en temps normal | Vide (remplie uniquement en cas d’intervention) | Remplie d’eau sous pression en permanence |
| Alimentation | Raccord pompier + poteau/bouche d’incendie | Réservoir, surpresseur ou pompe dédiée |
| Diamètre nominal | DN 65 ou DN 100 mm | DN 100 mm |
| Débit | Dépend de l’alimentation externe | 60 m³/h minimum |
| Pression | Dépend de l’alimentation externe | 4,5 à 8,5 bars (pression statique) |
| Obligation ERP | Plancher bas > 18 m (article MS 18) | Certains ERP importants (article MS 22) |
| Obligation IGH | Hauteur ≤ 50 m (article GH 54) | Hauteur > 50 m (article GH 55) |
| Risque de gel | Nul (conduit vide) | Ne doit pas être exposée au gel |
Ce que dit la réglementation
En Établissement Recevant du Public
L’article MS 18 de l’arrêté du 25 juin 1980 impose des colonnes sèches dans les ERP dès lors que des locaux sont situés dans des étages dont le plancher bas dépasse 18 m par rapport à la voie accessible aux engins de secours. L’article MS 19 précise que les raccords d’alimentation doivent être placés sur la façade la plus proche du poteau ou de la bouche d’incendie, à 60 m maximum de cheminement. L’article MS 20 impose des prises d’incendie dans les cages d’escalier ou leurs dispositifs d’accès. L’article MS 21 exige un dispositif de vidange et de purge d’air.
En habitation
L’arrêté du 31 janvier 1986 (article 8, modifié le 22 septembre 1995) impose des colonnes sèches dans les escaliers protégés des bâtiments dont le plancher bas le plus élevé dépasse 18 m du niveau de la voie accessible aux engins. Les bâtiments d’habitation de la 3e famille B et de la 4e famille (plus de 7 étages sur rez-de-chaussée, ou distance supérieure à 10 m entre l’appartement le plus éloigné et la cage d’escalier) doivent également en être équipés.
En Immeuble de Grande Hauteur
L’article GH 54 impose des colonnes sèches (DN 100 mm, une par escalier) dans les IGH de hauteur inférieure ou égale à 50 m. Chaque colonne comporte deux raccords d’alimentation de 65 mm et, à chaque niveau, une prise de 65 mm et deux prises de 40 mm. Au-delà de 50 m, l’article GH 55 impose des colonnes en charge avec un débit de 60 m³/h et des orifices de réalimentation au niveau d’accès des pompiers.
Au titre du Code du travail
L’article R4227-30 prévoit que l’établissement soit équipé, si nécessaire, de colonnes sèches ou humides, en complément des robinets d’incendie armés et des installations de détection automatique.
Vérifications obligatoires des colonnes sèches
L’arrêté du 31 janvier 1986 impose au propriétaire de faire vérifier les colonnes sèches au moins une fois par an. Ce contrôle annuel comprend l’examen visuel de l’état des raccords, des prises, de la signalisation et de l’accessibilité, ainsi qu’un essai fonctionnel. Tous les cinq ans, une épreuve hydrostatique (mise en eau sous pression) vérifie l’étanchéité de la colonne. Cette épreuve doit être réalisée par un professionnel qualifié formé aux normes NF S 61-759. Chaque vérification fait l’objet d’un rapport consigné dans le registre de sécurité, exigé lors du passage de la commission de sécurité.
Colonnes sèches et autres moyens de secours
La colonne sèche complète les autres équipements d’alimentation en eau. Le poteau d’incendie et la bouche d’incendie, installés sur le réseau public, fournissent l’eau qui alimente la colonne sèche. Les robinets d’incendie armés (RIA) permettent une première intervention par le personnel du bâtiment avant l’arrivée des secours. Le système de sécurité incendie (SSI) déclenche l’alarme et pilote les DAS. Ensemble, ces équipements forment la chaîne de sécurité incendie du bâtiment.
L’installation et le contrôle des colonnes sèches avec BATISANTÉ
BATISANTÉ, à travers ses marques BOUVIER (membre de la FFMI et du SYPSI), SECURITEC, PROTECH et SASIC, installe, contrôle et répare les colonnes sèches dans les immeubles d’habitation, les ERP et les établissements de santé. Nos techniciens réalisent les essais hydrostatiques sans débit et les essais hydrodynamiques avec mise en eau, équipés du matériel technique nécessaire à ces opérations. Chaque intervention alimente votre registre de sécurité digital, consultable à tout moment pour justifier la conformité de vos installations de protection incendie.